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Quelques hypothèses quant à l’avenir de la Librairie du Mucem après sa reprise par Arteum

L’idée première du texte ci-dessous était de s’adresser aux administrateurs et administratrices du Mucem alors qu’ils·elles voteront au début du mois de mars la reprise de la librairie du Mucem, et de leur transmette notre inquiétude quant à cette reprise par le groupe Arteum.

Ce texte n’est pas un scénario catastrophe mais un agrégat de faits qui se passent ou se sont passées dans des boutiques gérées par Arteum.

Il nous semble intéressant de rendre ce texte public d’autant plus que dans le même temps où Actes Sud se débarrasse de certaines de ces librairies jugées non rentables (Epona en 2020, librairie du Mucem en 2021), Actes Sud est en plein tripatouillage foncier et financier à Arles pour le plus grand bonheur de ses actionnaires (voir l’article « Quand Capitani s’apprête à s’engraisser sur le dos d’Actes Sud » sur le site du journal L’Arlésienne).


Arteum est une petite société qui grossit, grossit et qui s’est spécialisée depuis quelques années dans les boutiques de musées. Elle comptait une trentaine de salarié·e·s en 2012 et entre 150 et 200 aujourd’hui pour une vingtaine de lieux. Arteum grignote essentiellement sur les plates-bandes de la RMN-GP mais a également repris des boutiques et des librairies aux cinémas MK2 et a aussi la volonté de s’étendre en Europe.

La direction d’Arteum affirme : « La place de la librairie est centrale dans chacune de nos boutiques ». La réalité montre pourtant l’inverse, sauf à comprendre que faire des piles de catalogues ou des meilleures ventes comme dans la grande distribution soit le propre du travail d’un·e libraire… Là-dessus Actes Sud (AS) et Arteum convergent puisque la direction d’AS a affirmé à ses salarié·e·s que la librairie de fonds c’était fini au Mucem, que ça ne marchait pas.

Il est probable que la librairie de fonds soit remplacée par des foulards, des bijoux et autres objets. La part du chiffre d’affaires (CA) consacré au livre passera de 95 % à 50-60 % dans le meilleur des cas. Jusqu’à présent le livre représentait environ 95 % du CA de la librairie du Mucem. Pour information 20 % des billets sur la page Facebook d’Arteum concernent des livres et 80 % des objets…

Ce qui faisait la surprise et la joie de la plupart des personnes qui rentraient dans la librairie — « incroyable, quel fonds, on n’aurait pas pensé trouver ça dans un musée » –, à savoir des milliers de livres consacrés à la Méditerranée (littérature, sciences humaines…) mais aussi des tables sur l’urbanisme, l’histoire, la jeunesse, l’histoire de l’art, la rentrée littéraire, etc., va probablement disparaître assez rapidement le temps qu’Arteum montre patte blanche, avant de ne plus tenir ses promesses.

Comme la direction d’Arteum ne connaît pas grand-chose à la chaîne du livre – à la différence des libraires qui y travaillent – à son arrivée elle installera sans doute un logiciel de gestion qui n’est pas relié aux canaux du livre (Dilicom, base de données de librairie…). Toute opération (réassort, commande…) prendra environ cinq fois de plus de temps qu’avant.

De même, il est possible que des comptes fournisseurs soient bloqués pendant plusieurs mois sans que cela gêne la direction alors que les libraires ne peuvent plus passer de commande. Toute ressemblance avec une situation déjà rencontrée serait fortuite…

Il est probable que les libraires n’aient plus entièrement la main sur les commandes au profit de la centrale d’achat qui dictera ses consignes se contentant des catalogues des expositions en cours et des meilleures ventes. Il est aussi possible que les libraires ne puissent commander ce qu’ils·elles veulent pour les tables de la rentrée et de Noël alors que ce sont les mois les plus vendeurs.

De même, il ne sera probablement plus possible de commander auprès de petits diffuseurs ni de prendre des livres ou des CD en dépôt (pratique habituelle avec les éditions du Mucem et ponctuelle pour les événements à l’auditorium).

Côté « ressources humaines » ce n’est pas mieux !

Il arrive, en période de chômage partiel outre le fait que les salarié·e·s ne soient payé·e·s qu’à hauteur de 84 %, qu’ils·elles ne reçoivent pas les primes qu’ils·elles touchent habituellement.

Le modèle Arteum ce sont des boutiques soi-disant autonomes mais un seul employeur et un CSE unique où il semblerait que les représentant·e·s du personnel viennent uniquement de l’encadrement ou la direction !

Dans ce contexte on comprend mieux pourquoi, à l’idée d’être repris par ce nouvel employeur, plusieurs salarié·e·s de la librairie du Mucem ont démissionné ces derniers mois. Il ne faudra malheureusement pas trop s’étonner si les salarié·e·s de la future équipe dépriment et/ou cherchent à partir ni que les client·e·s aillent voir ailleurs d’autant plus que depuis 2-3 ans le nombre de librairies repart à la hausse à Marseille.

On comprend mieux pourquoi à Paris des professionel·le·s du livre utilisent le terme de « fossoyeur » à propos d’Arteum.

Marseille, le 2 février 2021

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Grève avant liquidation à la librairie du Mucem !

Le Mucem et sa librairie ont beau être fermés, la section syndicale Sud Culture Solidaires pour les librairies Maupetit et du Mucem appelle néanmoins à la grève !

En effet, depuis plusieurs mois et entre deux confinements, les salarié·e·s de la librairie du Mucem travaillent dans des conditions très pénibles : rumeurs de fermeture définitive, départs non remplacés, mépris permanent de la direction, etc.

Actes Sud a décidé pour des raisons financières de se débarrasser de la librairie du Mucem, rattachée à la librairie Maupetit et filiale du groupe Actes Sud. Cela permettra à Maupetit de se retrouver plus rapidement à l’équilibre puis de dégager des bénéfices.

Rien de très original malheureusement ! Les salarié·e·s ne sont que des variables d’ajustement au gré des choix des actionnaires.

Alors que les libraires viennent d’apprendre qu’un repreneur arrivait d’ici quelques mois, Sud Culture appelle donc à la grève (cf. courrier ci-dessous) et demande notamment que les salarié·e·s soient traité·e·s correctement et respecté·e·s, que des conditions de départ soient proposées aux personnes qui ne souhaitent pas travailler dans une boutique de produits dérivés puisque la librairie de fond c’est fini.

« Actes Sud se débarrasse de la librairie du Mucem »

À lire sur le site du journal Le Ravi

« Pointé par ses salariés, Actes Sud devrait lâcher la librairie du Mucem »

À lire sur le site du journal La Marseillaise

« Marseille : Actes Sud cédera la librairie du Mucem à Arteum, “une perspective adaptée” »

À lire sur le site d’Actualitté

« Actes Sud veut céder la librairie du Mucem à Arteum »

À lire sur le site du journal La Provence

« La librairie du Mucem bientôt cédée à Arteum dans un climat social tendu »

À lire sur le site de Livres Hebdo

Marseille, le 14 décembre 2020

À l’attention du directeur des librairies Maupetit et du Mucem

Monsieur,

Eu égard à la situation de délitement qui perdure au sein de la librairie du Mucem depuis plusieurs mois et qui a pour première conséquence le haut niveau d’angoisse, de mésestime et de mépris vécu par l’ensemble des salarié·e·s de cette librairie, la section syndicale Sud Culture Solidaires pour les deux librairies appelle à la grève à partir du 15 décembre 2020.

Les salarié·e·s qui désirent se mettre en grève pourront le faire soit sur le temps de leur prise de poste, soit sur la demi-journée, ou bien sur la journée entière et ce tant que cet appel perdure.

Je me permets de reprendre quelques éléments du courrier que je vous ai fait parvenir le 29 novembre en tant que délégué syndical ; courrier pour lequel je n’ai reçu aucune réponse.

L’inquiétude est alimentée par les résultats négatifs de la librairie et des petites phrases telles que « vous savez, il suffit d’un courrier et la librairie ferme dans six mois » ou « il n’y a pas d’avenir à la librairie du Mucem ». Suite aux questions posées à plusieurs reprises par les instances représentatives du personnel depuis juillet 2020, le directeur général d’Actes Sud a déclaré le 20 octobre qu’il était à la recherche d’un repreneur et que plusieurs scenarii étaient à l’étude. Le CSE extraordinaire du 10 décembre a mis un terme au suspens mais pas à l’inquiétude.

Par ailleurs l’attente a été tout sauf sereine puisque outre les 5 mois de fermeture liée au Covid qu’a connu la librairie, les salarié·e·s de la librairie du Mucem ont pu assister :

  • au départ de la très regrettée responsable de la librairie – un départ non-remplacé !
  • à la démission de la personne chargée notamment de la réception – et votre refus qu’il profite de son préavis pour transmettre ses compétences et savoir-faire qu’il est le seul à maîtriser sur certaines tâches.
  • aux départs pendant leur période d’essai des deux personnes embauchées en CDD.

Lors du CSE extraordinaire du 10 décembre – dont la mise en place déroge sur plusieurs aspects au droit du travail – des représentant·e·s du personnel ont donc été informé·e·s qu’Actes Sud avait trouvé un repreneur et que la proposition allait être transmise à la direction du Mucem. La garantie que les contrats de travail soient repris n’est qu’à moitié rassurante (quelles modalités ? quelle amplitude horaire ? quelle rémunération le dimanche ? quel management ?…). Par ailleurs le tout est accompagné d’un discours répété avec insistance qu’une librairie de fond ça ne marche pas et qu’il faut faire autre chose. D’où l’arrivée d’Arteum spécialiste de la boutique de musée et de la fabrication et la vente de produits dérivés.

La demande formulée par l’ensemble des salarié·e·s lors de la réunion du 23 novembre de moyens et de reconnaissance pour assumer collégialement la prise en charge des tâches de la responsable est elle aussi restée sans réponse. Pourtant l’équipe continue de faire tout son possible pour tenir le gouvernail d’un radeau à la dérive.

Nos revendications :

  • les demandes et questions des salarié·e·s ne doivent pas rester sans réponse ;
  • des propositions de conditions de départ pour les salarié·e·s qui ne souhaiteraient pas être repris par Arteum ;
  • des propositions de reclassement au sein de Maupetit pour les salarié·e·s qui le souhaiteraient ;
  • pérennisation des embauches en CDD à la réouverture ;
  • fin des inégalités de salaire entre libraires de Maupetit et libraires du Mucem ;
  • les salarié·e·s doivent être traité·e·s correctement et respecté·e·s et pas uniquement quand ils·elles servent de force d’appoint à la librairie Maupetit pendant les périodes de confinement et de fin d’année.

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Décidément, nous n’avons pas les mêmes intérêts !

Depuis plusieurs semaines la librairie est au cœur de l’actualité. Nous assistons à un front quasi unanime pour la réouverture des librairies regroupant Amazon (!), la grande distribution, les syndicats patronaux du secteur du livre (SLF et SNE) ainsi que certains ministres. Les petites mains qui font tourner ces ­fameuses librairies sont, elles, inaudibles.

Pour cause, bon nombre de ces salarié·e·s payé·e·s des clopinettes s’épuisent à faire du « click & collect » et attendent avec inquiétude de connaître dans quelles conditions vont rouvrir les magasins où ils·elles travaillent.

L’intense communication sur le « click & collect » fait craindre la progressive transformation des librairies en Amazon de proximité. Le métier se transforme malgré lui. Qui donc a intérêt à encourager la dématérialisation tout en élargissant les horaires d’ouverture ? Certainement pas les salarié·e·s. Pourquoi, tant qu’on n’y est, ne pas mettre en place des équipes de nuit pour préparer les commandes (si possible avec la possibilité de choisir le motif de l’emballage cadeau…) ?

Pour nos dirigeants, le critère de nécessité évoqué en permanence ne renvoie qu’à des activités générant du profit, mais la librairie étant le commerce qui a les marges les plus faibles, c’est compliqué ! D’ailleurs certains groupes dont Gibert ont, à la faveur du premier confinement fermé brutalement des librairies « non-rentables », d’autres se restructurent ou préparent des fusions partielles (Editis-Hachette). Nul doute qu’il en sera de même à la suite du deuxième confinement. Les menaces qui pèsent sur Gibert Jeune n’étant qu’un exemple.

Dans ce contexte, la dernière trouvaille du syndicat des patrons de librairie détonne : le SLF dans sa newsletter du 17 novembre 2020 annonce un partenariat entre Korian et le portail librairiesindependantes.com (une émanation du SLF). Il fallait oser faire de la pub pour le groupe Korian en pleine crise sanitaire qui touche particulièrement les personnes vivant en Ehpad. Korian s’est en effet illustré à maintes reprises ses dernières années par sa capacité à engraisser ses actionnaires sur le dos des personnes âgées qui vivent dans ses Ehpad, ses cliniques spécialisées et ses résidences service.

Ces dernières années, Korian a versé des millions d’euros de dividendes à ses actionnaires. À l’exception toutefois de 2020 où, probablement pris de remords, le groupe a renoncé. Pour exemple, en 2019, ces derniers ont reçu en tout 50 millions d’euros tandis que la directrice générale voyait ses revenus annuels atteindre un million d’euros.

Dans le même temps, des patients meurent d’intoxication alimentaire, des salarié·e·s font l’objet de procédures disciplinaires ou de licenciements pour avoir témoigné de leurs conditions de travail et des mauvais traitements que subissent certain·e·s usager·e·s. Dans la droite ligne de la politique catastrophique de santé publique du gouvernement, Korian rogne sur les effectifs, sur les moyens de protection, de dépistage au sein des établissements qu’il gère. Officiellement tout va bien, pourtant les plaintes pour des faits d’homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en danger se multiplient.

Une chose est bien commune aux librairies et aux Ehpad de Korian : la non-reconnaissance des statuts. De la même façon que nombre de libraires « niveau 2 » font un travail de gestionnaire, nombre d’agents de propreté font à Korian le travail d’aide-soignant·e, d’infirmier·e.

Nos organisations demandent donc que soit mis fin sans délai à ce partenariat qui déshonore notre profession.

Marseille & Paris, 19 novembre 2020

Pour plus d’information sur Korian, consulter le
blog de la section Korian du syndicat Sud Santé sociaux

SUD CULTURE 13 Librairie
29, bd Longchamp, 13001 Marseille sudculture13(a)gmail.com

Section CGT Gibert Joseph
26-34 boulevard Saint-Michel, 75006 Paris
cgt.librairies(a)gmail.com

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La main de l’exécutif a encore frappé, fort !

La casse du service public opérée depuis bien des années nous amène aujourd’hui à un nouveau confinement

Depuis le 17 mars 2020 le secteur culturel est à l’arrêt. Après l’interdiction d’ouverture des lieux de spectacles, de la tenue des festivals, de toute manifestation culturelle, une reprise timide s’est mise en place en septembre pour finalement être fortement malmenée par le couvre-feu et complètement anéantie par la reprise du confinement fin octobre.

Les structures culturelles (cinémas, théâtres, musées, bibliothèques, librairies…) ne peuvent plus recevoir de public, les activités périscolaires culturelles sont interdites, parce que ces activités ne seraient pas « essentielles ».

Le coup porté au secteur culturel est terrible

La qualification d’activités essentielles serait réduite par le gouvernement comme étant des activités générant du profit et participant à la bonne marche d’un système capitaliste, nous forçant à débattre sur la légitimité d’une activité en temps de crise. Alors que le débat n’est pas là.

D’abord parce qu’il entraîne une précarisation encore plus grande des salarié·e·s du secteur.

Le chômage partiel, même s’il était appliqué ne ferait que diminuer encore les futures allocations chômage des intermittent·e·s du spectacle qui auront pu renouveler leurs droits. Pour la plupart l’année blanche ne fera que repousser le problème puisqu’au 31 août 2021 la plupart des artistes et technicien·ne·s n’auront pas pu travailler et ne renouvelleront pas leur droit à l’allocation. Pour les nouveaux entrants dans le régime qui ne bénéficient pas de l’allocation chômage, ils·elles n’ont rien. Pas de travail, pas de ressources, pas d’aide.

Ensuite, parce que la culture est essentielle. Elle ne peut se limiter au « Click & Collect », à l’achat de livres sur Amazon, au visionnage en ligne d’un opéra, d’une visite virtuelle dans un musée. La culture est un besoin, un droit et doit être accessible à tous. Au même titre que le besoin vital de s’alimenter nous avons besoin de voir, de lire, d’entendre, de dire.

Aujourd’hui, le gouvernement,  continuant une politique libérale qui a mis le système de santé en péril aggrave les inégalités, nous infantilise, nous culpabilise, et nous prive de l’accès à nos droits fondamentaux.

Alors, évidemment l’année blanche ne suffira pas, les aides ponctuelles aux librairies ne suffiront pas, les crédits accordés aux structures culturelles ne suffiront pas.

Dans ce contexte de crise aggravée par l’incurie assumée des politiques publiques de santé, des garanties sociales doivent être assurées par l’État.

SUD CULTURE DEMANDE :

  • une concertation avec les travailleuses et travailleurs du secteur culturel
  • La prolongation des droits à l’assurance chômage pour un an  après la reprise normale de l’activité, puisque la date butoir du 31 août 2021 devient caduque au vu de la situation actuelle
  • aucune perte de salaire en cas de recours à l’activité partielle
  • un revenu garanti pour tous les précaires qui permette de vivre dignement
  • le retrait définitif de la réforme de l’assurance chômage
  • l’interdiction des licenciements pour les entreprises touchant des aides de l’État
  • une redéfinition des politiques culturelles pour mettre fin à la marchandisation de la culture

Sud Culture 13 Solidaires
Marseille, 12 novembre 2020

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Bilan de l’étude d’impact lié à la crise sanitaire et à l’arrêt de l’activité dans les secteurs culturels

Cette enquête a été menée par la diffusion d’un questionnaire destiné aux artistes et techniciens relevant des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage ainsi qu’aux salariés intermittents du spectacle n’ayant pas encore ouvert de droits à indemnisation.

Cette enquête, limitée à la région Paca, a reçu 278 réponses du 7 mai 2020 au 17 juin 2020. Les personnes ayant répondu sont des salarié·e·s du spectacle vivant, de l’événementiel, de la télévision et du cinéma.

L’objet de cette enquête était de mesurer :

– L’impact de la crise sur la situation professionnelle et personnelle des salariés – La perte de revenus immédiate et future

– L’efficacité des mesures gouvernementales sur la situation des intermittents du spectacle.


Aussi, les salariés déjà indemnisés et ceux en attente d’ouverture de droits à indemnisation pouvaient exprimer leurs attentes en matière de mesures gouvernementales aptes à répondre à la précarité de leur situation.


Bilan : Il apparaît que l’immense majorité (99%) des personnes interrogées sont lourdement impactées par l’interdiction d’exercer leur profession . En moyenne, les professionnels auront perdu 400 heures de travail du 15 mars au 15 Septembre 2020, ce qui représente plus de la moitié des heures travaillées habituellement .

Cette perte d’heures met en péril le renouvellement ou l’obtention d’une ouverture de droit à indemnisation pour 67 % des personnes interrogées. 65 % estiment que cette situation a un impact grave sur leur vie personnelle d’autant plus que 74 % d’entre eux n’ont aucune perspective d’emploi avant le 15 Septembre 2020.

Seulement 18 % des salariés ont pu bénéficier de l’activité partielle et seuls 8 % pensent que cette solution est satisfaisante puisqu’elle aura pour conséquence une perte de revenus importante sur l’année 2020.

Les mesures gouvernementales prises avant l’annonce de l’année blanche par E. Macron ne sont pas de nature à compenser l’impact de la crise pour 64 % des personnes interrogées. 10 % des personnes ayant répondu au questionnaire ne sont pas indemnisés par Pôle emploi et voit leur situation, déjà précaire, relever de l’urgence absolue : Pas d’indemnisation, interdiction de travailler, pas d’activité partielle. Leurs revendications portent dans la grande majorité sur un abaissement significatif du nombre d’heures à cumuler pour accéder à une indemnisation au titre des annexes 8 et 10.


Quatre grands axes apparaissent clairement dans les réponses à la question relative aux mesures devant être prise par le gouvernement pour envisager un avenir professionnel plus serein :

– L’année blanche non soumise à conditions

– L’abaissement du seuil des 507 heures pour l’accès à l’indemnisation chômage pour les primoentrant.

-La création d’un revenu universel.

– Une refonte générale de la politique culturelle du pays.

– Une aide significative aux structures culturelles et un accompagnement plus soutenu aux compagnies de théâtre.
Cette enquête confirme les revendications portées par Sud culture , et le bilan de cette étude d’impact doit servir les attentes et les intérêts des salariés du secteurs culturel.
L’annonce de Macron sur la promesse d’une année blanche jusqu’au 31 Aout 2021 a pu en rassurer certains quant au désastre qui leur était annoncé. En revanche, beaucoup de personnes sont laissés au bord de la route et notamment les travailleurs non indemnisés pour qui la mesure de prolongement des droits à indemnisation jusqu’au 31 Aout 2021 n’aura aucun effet.

Sud culture revendique

-l’abaissement du seuil d’ouverture des droits pour tous les salariés ne bénéficiant pas encore de l’indemnisation au titre des annexes 8 et 10

– le renouvellement automatique pour les femmes sortant de leur congé maternité

– la prise en compte de tous les arrêts maladie, une refonte générale de la politique culturelle.

Une concertation syndicats /gouvernement doit naître aujourd’hui pour répondre à l’urgence de la situation des plus précaires. La solidarité entre travailleurs est plus qu’urgente !

* N= nombre total de participant·e·s

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Le monde des librairies, touchée par la crise, face à des choix cruciaux

Le secteur des librairies fait parti des commerces les moins rentables. De ce fait, les deux mois de fermeture qu’elles ont connu et probablement une fréquentation réduite dans les prochains mois, à part la précipitation des jours qui ont suivi leur réouverture, font que l’avenir de ce secteur ne s’annonce pas forcément radieux. S’il faut saluer les initiatives de certaines pour repenser de fond en comble le schéma du livre, d’autres du côté des plus grosses, qui appartiennent à des actionnaires ou des fonds de pensions, comptent bien profiter de la crise pour continuer le schéma concentration-surproduction-précarisation.

Avec la réouverture des librairies le 11 mai la chaîne du livre (édition-diffusion-distribution-librairie) s’est remise en marche même si elle n’a pas encore retrouvé son rythme de croisière notamment pour permettre la mise en œuvre des mesures de distanciation sur les lieux de travail. Cependant les inquiétudes évoquées pendant le confinement semblent se confirmer.

Pour pallier à la très forte chute du chiffre d’affaires depuis la mi-mars et sachant qu’un retour à la normale prendra plusieurs mois, les syndicats côté employeur (SLF, SNE…) ont demandé à l’État et aux collectivités des aides sous diverses formes. Ces aides seront insuffisantes pour de nombreuses petites structures à la trésorerie limitée et il est à craindre que certaines ne doivent fermer leurs portes dans les prochains mois. Il y a aussi les librairies coopératives et/ou militantes qui auront sans doute peu d’aides et qui font appel pour certaines à la solidarité de leurs client·e·s. Sans parler des grosses structures qui vont en profiter pour faire payer aux salarié·e·s le poids de la crise financière et sociale qui succède à la crise sanitaire : non-renouvellement des CDD, augmentation du temps de travail, politique salariale réduite au minimum légal, etc.

Alors que certaines maisons d’édition ont revu sensiblement à la baisse leur programme de parution jusqu’à la fin de l’année, il existe un risque que les livres parus entre janvier et mars repartent rapidement des librairies et qu’une majeure partie de ceux parus depuis ne sortent pas des cartons, ce qui va contribuer à la fragilité des petits éditeurs·trices, des auteur·e·s, etc. De plus, petites ou grandes librairies, toutes ont vu leurs ventes via Internet largement augmenter et il semblerait que cette tendance perdure avec comme conséquence une baisse de la fréquentation physique en librairies s’inscrivant dans la durée.

Dans les grosses enseignes (Fnac, Cultura, Gibert…)1, l’emprise des centrales d’achats est de plus en plus forte et la priorité est mise sur la vente en ligne avec du coup moins de diversité et moins de choix et plus de best-sellers dans les rayonnages. Les libraires ne choisissent plus les livres qu’ils·elles proposent, ne conseillent donc plus et se sont transformé·e·s en magasiniers/ières. Et pourtant ce sont ces enseignes ainsi qu’Amazon qui ont les plus grosses ristournes. Mais cette centralisation commerciale ne s’accompagne pas de la même chose au niveau social ! La tendance est toujours plus à l’individualisation, à la concurrence entre salarié·e·s, entre établissements…

Les phénomènes de concentration capitalistique et de surproduction s’accélèrent depuis une dizaine d’années dans la filière du livre qui emploie plus de 80 000 personnes en France. Cela s’accompagne bien évidemment d’une précarisation accrue, de personnes aux statuts à rabais ou même sans statuts. Alors que les algorithmes prennent de plus en plus de place dans nos métiers au détriment de la création, du conseil, de la découverte, il est urgent de repenser le monde du livre comme le font notamment actuellement des collectifs d’éditeurs·trices2, d’auteur·e·s.

Solidarité avec les travailleurs/ses de Gibert

À la surprise totale de la trentaine de salarié·e·s concerné·e·s trois librairies Gibert Joseph n’ont pas rouvert avec le déconfinement. Après avoir racheté Gibert jeune en 2017, le groupe Gibert continue sa restructuration et a profité de la période du confinement pour conduire très discrètement les démarches de liquidation de 3 de ces librairies sous couvert d’éviter de « mettre en péril l’ensemble des sociétés du groupe » ! La brutalité et la rapidité de ces fermetures s’expliquent par la tentative de la direction de s’exonérer de ses responsabilités sociales en laissant le soin à l’administrateur de procéder aux licenciements. En outre sur la seule des 3 librairies qui a des représentant·e·s du personnel, la direction a volontairement tardé à communiquer aux salarié·e·s des informations leur permettant de pouvoir s’exprimer au tribunal de commerce ! Heureusement, les salarié·e·s concerné·e·s ont réussi à s’organiser et ont publié une lettre ouverte. De plus, ils bénéficient du soutien de leurs collègues ailleurs et notamment de la CGT Gibert Paris.

Concrètement la librairie d’Aubergenville est en liquidation immédiate, celle de Chalon-sur-Saône bénéficie d’un sursis d’un mois pour poursuite d’activité temporaire et celle de Clermont-Ferrand – qui existe depuis 80 ans – sera également liquidée après un délai de deux mois. 

Solidarité avec les salarié·e·s qui demandent au minimum à ce que le groupe Gibert Joseph assume ses responsabilités sociales en finançant leurs conditions de licenciement au-delà des seules indemnités légales.

Surtout, face à la crise qui menace ce secteur professionnel, nous appelons les travailleurs/ses des librairies à s’organiser pour obtenir :

  • Aucun licenciements dans les librairies.
  • Contrôle des aides publiques, pas de cadeaux pour les employeurs qui suppriment des postes ou ne respectent pas le code du travail.
  • Maintient de tous nos droits sociaux.
  • Stabilisation de toutes et tous les précaires, passage en CDI des travailleurs/ses en CDD, refus de toute externalisation.
  • Renforcement des formations, des compétences professionnelles, des métiers.
  • Augmentation des bas salaires.
  • Garantie de toutes les protections sanitaires nécessaires et de bonnes conditions de travail.

Cela doit s’accompagner d’une vraie solidarité entre toutes et tous les travailleurs/ses de la chaîne du livre, aux côtés du personnel du secteur de l’édition et de la diffusion/distribution, autour de revendications communes.

C’est aux patrons de payer la crise, pas aux travailleurs/ses !

Marseille & Paris, le 4 juin 2020